Le Soir Magazine : interview

August 10th, 2012 by Rudi Vansnick Leave a reply »

Le nouveau maître de l’Internet : un Belge !
Samedi 4 Août 2012, 11h17 – par FRANCHIMONT,BENOIT

Rudi Vansnick. © ALAIN DEWEZ

Depuis ce samedi 4 août, Rudi Vansnick est à la tête de l’Internet Society, la plus influente organisation internationale du réseau.

Interview.

On l’ignore trop souvent : un Belge, Robert Cailliau, est l’un des pères de l’internet. Pour s’échanger des données, les chercheurs du Cern (l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire à Genève), dont Cailliau faisait partie, ont développé dès 1990 un système de connexion entre ordinateurs. Le World Wide Web, créé par Robert Cailliau et son collègue anglais Tim Berners-Lee, était né. La Belgique peut aujourd’hui s’enorgueillir d’une autre distinction : depuis ce samedi 4 août, le Gantois Rudy Vansnick a intégré pour trois ans la direction mondiale de l’Isoc, l’Internet Society, l’organisation internationale la plus importante qui chapeaute le réseau mondial. « J’ai eu l’occasion de rencontrer Robert Cailliau à Gand voici huit ans », explique Rudi Vansnick, qui a accepté de répondre aux questions du Soir magazine.

« C’est Cailliau qui a écrit le http, l’HyperText Transfer Protocol, le protocole de communication du Web. C’était un honneur de discuter avec lui ! » Plus de 20 ans après, Rudi Vansnick reprend le flambeau du Belge le plus influent de la Toile. Avec onze autres experts internationaux, il fera partie du conseil de surveillance de l’Internet Society. Concrètement, quel le pouvoir de ce nouveau maître de l’internet et de son organisation, reconnaissons-le, totalement inconnue du grand public ? « L’Isoc a créé les standards de l’internet, les règles communes qui font que tout le monde a accès au réseau, partout dans le monde. Aujourd’hui, le rôle principal de l’Isoc est la surveillance de cette accessibilité. Nous œuvrons pour un internet libre ! » L’internet serait-il menacé ? « Aujourd’hui, personne ne gère réellement internet. Et le premier péril qui guette est une mainmise commerciale totale sur le web. Il faut éviter que des grands groupes privés contrôlent l’accès à internet, le transformant en machine purement commerciale », explique-t-il. Mais le web payant est une question de survie pour des dizaines d’entreprises, de presse notamment ! « Il est évident selon moi que l’avenir de l’internet passe par des contenus payants, effectivement », souligne Rudi Vansnick. « Certains services vont devenir payants, avec des licences d’utilisation, de justes rétributions de droits d’auteurs notamment. Mais une partie de l’internet doit rester gratuite, accessible à tous. Le risque que je perçois est un contrôle global, par des opérateurs télécoms ou certains États par exemple, en amont de toute entrée sur la Toile. Des projets existent pour taxer le moindre échange d’informations, peu importe le contenu, et c’est ce que nous combattons, pour préserver la meilleure accessibilité à l’internet. Une mainmise peut aussi être politique, avec un contrôle des contenus par des États. Ici aussi, notre rôle est d’informer, de sensibiliser les gouvernements », explique Rudy Vansnick.

Une autre menace évoquée par l’expert est liée aux activités criminelles voire terroristes sur internet. « La menace d’un 11 septembre de l’internet est réelle. Le web a pris une telle place dans nos sociétés, dans notre économie, qu’il est devenu une cible potentielle. Des attaques ciblées sur certains sites, les mettant momentanément hors d’usage, sont monnaie courante. Mais on pourrait imaginer un projet criminel plus vaste, visant un pays entier, une économie entière. Le rôle de l’Isoc, active dans 180 pays, est de faire en sorte que chaque acteur puisse se protéger, connaître les règles à suivre. »

Créée en 1992 aux États-Unis, l’Isoc avait pour vocation première de coordonner le développement des réseaux informatiques. Aujourd’hui, elle agit davantage comme une autorité morale et technique, une référence. Mais qui est derrière l’Isoc, qui finance ? « L’Isoc a des membres dans 180 pays, ainsi que des filiales, des sections nationales. Les membres paient une cotisation. L’organisation perçoit aussi une partie des frais d’enregistrement des noms de domaine se terminant par.org et.ngo. Nous avons enfin des sponsors privés, comme Microsoft ou Cisco. Ces firmes privées sont représentées au sein de l’Isoc, mais celle-ci doit rester neutre. C’est une asbl. Personnellement, je ne suis pas rémunéré pour ce poste ! », explique Rudi Vansnick.

À 57 ans, Rudi Vansnick, domicilié à Destelbergen, est, à la base, un consultant privé, arrivé à la tête de la branche belge de l’Isoc en 2000. « J’ai commencé ma carrière d’informaticien au… ministère de l’Agriculture, avant de partir dans le privé. En 1984, j’ai conçu le premier ordinateur, baptisé Adam, qui a permis d’informatiser les pharmacies du pays. Je suis ensuite parti en Hongrie, dans le secteur de la distribution, avant de revenir en 1994 à la Commission européenne pour y travailler sur le développement de l’internet, notamment pour les PME. » En 2007, Rudi Vansnick a également intégré l’Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers ou, en français, la Société pour l’attribution des noms de domaine et des numéros sur internet), une autre autorité de régulation. À noter aussi : un autre Belge, Frédéric Donck, a été désigné directeur du bureau européen de l’Isoc. Les Belges, nouveaux maîtres du Net…

Link naar artikel in LeSoirMagazine : http://soirmag.lesoir.be/le-nouveau-ma%C3%AEtre-l%E2%80%99internet-un-belge-2012-08-04-20463

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